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La poignée témoin

Voici un article technique paru sur le site Internet http://www.skyclear.free.fr , Pierre Talec le WebMaster a bien voulu nous autoriser à le reproduire ici.

Cet exercice n'est ni plus ni moins que la grande répétition de l'ouverture commandée ; une fausse poignée est placée en lieu et place de la vraie mais l'ouverture du parachute sera toujours commandée par la SOA. Après quelques sauts en automatique à se concentrer sur la position, le bassin en avant, les membres symétriques en X bien tirés vers l'arrière, le regard haut, les urines claires, 37,5 et la dent saignante (Rappels), il est temps de franchir une nouvelle étape, celle de la poignée témoin !

L'idée n'est pas de faire cet exercice le plus tôt possible et de rajouter une difficulté de plus à l'élève sans être convaincu que celui-ci peut et veut le faire. Avant de franchir ce cap, le moniteur doit saisir la petite étincelle de lucidité de l'apprenti para qui regarde et "voit" le moniteur à la sortie. A mon sens, cette lucidité et cette conscience est autant voire plus importante qu'une postion de sortie parfaite mais durant laquelle l'élève n'a rien vu du tout.(Cette affirmation n'engage que moi)

Bref, si le petit parachutiste fait mine d'être actif durant les quelques secondes avant l'ouverture et qu'il montre sa volonté d'affirmer sa position face au vent relatif, il est alors temps de passer à la poignée témoin.

Cet exercice n'est ni plus ni moins que la grande répétition de l'ouverture commandée ; une fausse poignée est placée en lieu et place de la vraie mais l'ouverture du parachute sera toujours commandée par la SOA.

Priorité du saut

Le plus dur va être de bien faire comprendre à l'élève que cette fameuse poignée n'est pas l'objectif principal du saut mais plutôt la finalisation d'une sortie correcte. Il ne faut surtout pas qu'ayant cet objectif en tête, cela occulte les acquis encore assez maigres des sauts précédents.

Le saut se déroulera donc ainsi:

  • concentration à la sortie en essayant de suivre le même schéma que sur les sauts précédents (Se mettre en place en décrivant ses actions à voix haute, prendre conscience de l'environnement par un coup d'oeil circulaire sur l'horizon, vérifier la verticale, souffler un coup et sortir de l'avion en prenant une position tonique et cambrée face au vent relatif)
  • tenir la position le temps de se rendre compte que tout marche comme voulu.
  • seulement à ce moment, saisir la poignée avec la main droite en ramenant la main gauche au dessus de la tête, face au vent relatif, pour équilibrer la perte d'appuis de la main droite.

Il n'est pas nécessaire de penser à la poignée en sortie d'avion mais pour que la main aille la saisir, une préparation rigoureuse au sol est nécessaire.

Le truc tout bête

Avant tout, un petit test très simple : vous roulez une petite boule de papier et la déposez sur une table. Vos mains sont le long du corps par exemple et vous fermez les yeux. A ce moment essayez de saisir la petite boule de papier du bout des doigts. Cela ne fonctionne pas à 100%.

Essayez maintenant en gardant la main bien ouverte. La main sent immédiatement la cible et peut se refermer sans erreur dessus. Pour la poignée, c'est la même chose. Le harnais peut bouger durant la chute et la surface de la main est bien plus grande que celle du bout des doigts.

Le mouvement

Comme je viens de le dire un peut plus haut, les bras et les mains vont devoir faire un ensemble de mouvements synchronisés pour ne pas mettre en danger l'équilibre du corps sur le vent relatif.

Pour ce faire, les deux bras vont faire des espèces d'arcs de cercles en restant sur le même plan que le corps (je veux dire que les bras ne doivent pas venir pousser sur le vent relatif mais rester au maximum en position arrière). Le bras droit va descendre par un arc de cercle vers la droite et va venir poser la main "ouverte" sur la poignée (au niveau du haut de la cuisse droite pour la majorité des parachutes écoles).

Le bras gauche, dans un même temps va lui aussi décrire un arc de cercle mais vers le haut pour placer la main gauche au dessus du casque, face à l'avant (c'est à dire au vent relatif) Souvent on voit l'élève venir placer sa main sur le casque comme pour l'empêcher de s'en aller. Le fait de lui en parler avant réduit cette attitude qui n'a de toute façon que peu d'importance si la position est tonique et bien stable.

Une fois la poignée saisie, il ne restera plus qu'à retrouver la position de départ en faisant le mouvement inverse et en renforçant un peu plus la position et en attendant la fin de l'ouverture.

Défauts connus

  • Se précipiter pour avoir la poignée avant l'ouverture n'est pas à mon avis la meilleure des chose: je préfère voir un élève assurer sa position de sortie avant de faire l'action poignée même si le parachute est en cours d'ouverture.(De toutes façons, c'est encore bien la SOA qui assure !)
  • Oublier de ramemer le bras gauche peut entrainer une perte d'équilibre même si parfois il ne se passe rien du fait de la faible vitesse, de la rapidité d'exécution et d'une position bien cambrée. Il faut toutefois réaliser que par la suite, l'ouverture se fera en vitesse terminale (aux alentours de 180 km/h) et qu'oublier ce bras pourra créer de sérieuses autorotations voire un passage dos.
  • Baisser la tête est à mon sens préjudiciable à l'ensemble. Même si le visuel permet de trouver à coup sûr la poignée, on observe souvent un relâchement de la position. C'est un peu normal: le corps va où les yeux l'ammènent. Il faudra une bien plus grande conscience à l'élève pour baisser la tête tout en gardant le corps tendu vers l'avant.
  • Pour ce qui me concerne, je préfère voir le débutant garder la tête haute durant toute l'action. Et puis de toutes façons, les systèmes d'ouverture sont de plus en plus tous positionnés sous les sacs et comme cela il est dur de les visualiser à moins d'être contorsionniste.

    Apprentissage

    Pour enseigner cet exercice au sol, il va falloir faire équiper les élèves avec leur parachute et les équiper de la poignée témoin (que les choses soient claires entre nous, pour être au plus près de la réalité, il faut bien sûr tous les équipements de saut que le parachutiste aura pour la belle ; gants, lunettes, combinaison... Je dis cela car parfois on peut voir des élèves s'entrainer pieds nus, en short une cigarette à la bouche et la poignée coincée dans le slip !! A chacun sa méthode)

    Dans un premier temps, l'élève va regarder sa poignée et mettre la main dessus (je ne reviens pas sur la main ouverte et patati et patata...)

    Je leurs fait également sentir à ce moment la différence avec la poignée de libération : c'est bien qu'ils percuttent en l'air s'ils venaient à se tromper.

    Une fois la sensation de la main sur la poignée acquise, je leurs fait essayer la gestuelle des bras sans exagérer la cambrure, juste histoire que la mémoire interne de nos petites cellules nerveuses et fibres musculaires fixe la bonne trajectoire des membres. Les élèves le font tour à tour en étant corrigés par les autres qui peuvent déduire les erreurs qu'ils ne doivent pas commettre.

    Cette partie de l'apprentissage va également être primordiale pour le "timing" du mouvement.

    C'est au sol que l'élève va devoir faire calmement son exercice, sachant que le stress le fera se précipiter un peu plus en l'air, c'est inévitable.

    Donc, "Je sors, je prends ma position, je suis stable face au vent relatif, je fais la PT" C'est ce que je demande à mes élèves de répéter dans leur tête à chaque essai.

    La procédure étant bien ancrée, j'use ensuite d'un artifice pour prévenir le déplacement du harnais durant la sortie : je saisis le harnais au niveau du système trois anneaux et je demande à l'élève de s'appuyer sur moi en faisant son exercice. Je remonte ainsi son harnais, ce qui lui permet d'avoir une meilleure sensation au niveau de la position de la poignée et de prendre une posture bien cambrée. (Entre nous, je préfère cet exercice avec une jeune fille de 45 Kg qu'avec un gros costaud de 90 patates !)

    Pour finir, et puis parce que je fatigue un peu, les élèves vont pouvoir faire l'exercice en s'appuyant contre un mur : les pieds à 20 ou 30 cm du mur, il se mettent en position de sortie en se laissant aller contre le mur pour garder une position tonique et cambrée, puis font la poignée.

    Pour la distance des pieds, faites des essais sans parachute pour ne pas vous fracasser le menton sur le mur. Je ne voudrais pas qu'on dise :
    "Ben si, il m'avait dit de faire comme ça et maintenant j'ai deux dents cassées..."

    Pour conclure

    La poignée témoin, une répétition de la vraie, ce qui implique :

    • un maintien parfait de la position,
    • un rythme d'exécution rapide mais pas précipité,
    • un geste sûr et précis.

    Important:

    • il ne sera pas question de faire cette poignée témoin si la position en sortie est incontrôlée et mal assurée. Ce n'est pas la peine de faire empirer une situation mal engagée.
    • en cas d'erreur, je veux dire si l'on saisi la poignée de libération, on la lache aussitôt et on reprend la positon.
    • si on a commencé à tirer dessus, par contre, il faudra finir la procédure de secours (ce serait ballot qu'un élévateur ne libère à vingt mètres du sol)

    Je le répète : Procédure engagée, procédure terminée, qu'on se le dise !!!

    Et maintenant, tu vas me faire une poignée témoin nickel chrome que je puisse te couper le cordon!! C'est la chute l'objectif, non ?


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